ENTRETIEN. "L'intensification des attaques de l'extrême droite contre la culture et la pensée est en accélération", estime Olivier Mannoni qui dénonce une langue française minée par le fascisme
Depuis la publication en 2024 de son essai *Coulée brune : comment le fascisme inonde notre langue*, l’écrivain et traducteur Olivier Mannoni se positionne comme une figure vigilante face à la dégradation du langage français. Dans un entretien, il analyse comment certaines expressions, souvent empruntées au vocabulaire d’extrême droite ou de propagande, gagnent du terrain dans le discours public et médiatique, altérant la précision et la nuance du débat public.
Mannoni dénonce une forme de contamination linguistique, où des termes connotés de haine, de déshumanisation ou de manipulation deviennent courants, banalisés jusqu’à perdre leur charge politique. Cette invasion, selon lui, rend le langage plus flou, moins capable de désigner les réalités avec justesse, et fragilise les outils de la réflexion critique. Il s’inquiète de la manière dont ces mots, souvent utilisés de manière insidieuse, façonnent les perceptions et les opinions, rendant difficile une résistance intellectuelle efficace.
Ce travail de « sentinelle du logos », comme il se définit lui-même, consiste à décrypter ces signaux alarmistes et à rappeler l’importance d’un usage rigoureux du langage. Pour Olivier Mannoni, préserver la clarté et la justesse du français n’est pas une question de pure esthétique, mais de résistance intellectuelle et politique. Son discours met en lumière un phénomène de normalisation progressive de termes dangereux, invitant à une mobilisation collective pour défendre la qualité du discours et, par là même, la capacité même de la société à penser et à débattre de manière informée.
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