« Il ne devrait jamais être trop tard » : pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels
L’imprescriptibilité des violences sexuelles, particulièrement celle commise sur mineurs, est au cœur d’un débat juridique et moral lancé par des victimes et leurs soutiens. Depuis la loi de 2018, le délai de prescription est de trente ans pour les mineurs et vingt ans pour les majeurs, mais de nombreux faits sont déjà prescrits avant que la parole ne soit entendue. Cette réalité, de plus en plus documentée, met en lumière un décalage fondamental entre le temps psychologique du traumatisme et le temps du droit. Les victimes, souvent enfermées dans le silence par la honte, la peur ou les mécanismes de l’emprise, découvrent parfois leurs agressions des décennies plus tard, trop tard pour intenter une action pénale.
L’article souligne que cette situation ne relève pas de l’exception ponctuelle, mais est devenue une réalité structurelle. Il interroge la philosophie même de la prescription, perçue comme un droit à l’oubli au profit de l’agresseur, et interroge sur la légitimité de consacrer un oubli légal au bénéfice de celui qui a violenté. Pour les auteurs, l’imprescriptibilité n’est pas une surenchère pénale, mais une exigence de justice et de cohérence. Elle s’appuie sur la reconnaissance que les violences sexuelles ont une temporalité singulière, que les preuves matérielles sont souvent introuvables par conception, et que l’incapacité à parler plus tôt est une conséquence directe de la violence. Refuser la prescription, c’est affirmer que certains crimes ne doivent jamais être considérés comme prescrits, quel que soit le délai écoulé, et que la société ne doit jamais tourner le dos à la parole tardive de ses membres les plus blessés.
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