« Il ne devrait jamais être trop tard » : pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels
L’imprescriptibilité des violences sexuelles, longtemps contestée, est au cœur d’un débat juridique et sociétal majeur. L’article rappelle que ces crimes, en raison de leur nature intrinsèquement violente et traumatique, laissent des séquelles profondément inscrites dans le temps, le corps et les relations, bien au-delà du moment des faits. Le droit français, avec la loi de 2018, a allongé les délais de prescription à trente ans pour les mineurs et maintenu vingt ans pour les majeurs, constituant une avancée. Pourtant, ces dispositions peinent à suivre la réalité terrain : la parole des victimes se libère souvent bien après ces délais, en raison du traumatisme, de la honte, de la peur ou de la sidération, notamment quand les violences surviennent durant l’enfance.
Un fossé se creuse ainsi entre le calendrier judiciaire et le temps psychologique du souvenir, aboutissant à une situation où de nombreuses victimes, parvenue à briser le silence, découvrent que la prescription est déjà consommée. Cet écart n’est plus marginal ; il touche des milliers de personnes et traduit une inadéquation flagrante entre le droit et la souffrance vécue. L’article dénonce la logique d’un « droit à l’oubli » qui, en réalité, condamne les victimes à l’impunité au nom d’une sécurité juridique. Il plaide pour l’imprescriptibilité des violences sexuelles, non par émotionnel, mais par nécessité justice : reconnaître que le temps n’est pas neutre, que l’incapacité à parler précocement ne doit pas bénéficier à l’auteur, et que la société doit enfin mesurer l’ampleur de ce silence pour honorer, même tardivement, la parole des plus blessés.
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