« La “dénumérisation” de nos services publics paraît absolument nécessaire »

Un mois après la présentation par le gouvernement d’un plan visant à développer une intelligence artificielle «utile, humaine et souveraine» au service des administrations, la dématérialisation des services publics fait l’objet de vives controverses. Pourtant, multipliés depuis 2017, les appels à la prudence se sont renforcés. En 2019 et 2022, le défenseur des droits avait déjà alerté sur les risques d’un tel processus, soulignant qu’il se traduit souvent par un accès dégradé aux droits des usagers et un report de la responsabilité sur l’usager. Les critiques se sont intensifiées, notamment auprès de penseurs comme Jacques Ellul ou Günther Anders, qui dénoncent les mythes techniques et les choix politiques cachés derrière la numérisation forcée. Cette dernière, bien que présentée comme une avancée libératrice, crée en réalité de nouvelles vulnérabilités. Elle aggrave les inégalités d’accès, en particulier pour les personnes âgées, les jeunes, les étrangers ou les personnes en situation de handicap, et complique l’exercice de droits fondamentaux, comme le montre la décision récente du Conseil d’État visant l’Anef. L’administration, en rendant obligatoire la voie électronique, génère elle-même des problèmes, auxquels elle tente de pallier par des accompagnements numériques ou des initiatives associatives, comme Emmaüs Connect, menacée aujourd’hui. Alors que l’UE et la France poursuivent leur objectif de dématérialisation totale, certaines voix réclament de réintroduire des alternatives non numériques, comme le propose un projet de loi récemment adopté en première lecture à l’Assemblée nationale. Cette demande ne relève ni de l’antimodernisme ni de l’angoisse technophobe, mais d’un constat pragmatique : le numérique doit être un outil au service de l’usager, et non une contrainte. Une «dénumérisation» partielle semble dès lors indispensable pour garantir un accès équitable aux droits publics.
Katen Doe

La Croix

Le journal La Croix, créé en 1883 par les religieux catholiques des Augustins de l'Assomption, est un quotidien français. Depuis sa fondation, il est la propriété du groupe Bayard Presse. En 2023, il occupe la sixième place parmi les journaux payants de la Presse Quotidienne Nationale avec une diffusion de 88 809 exemplaires.

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