« Une canicule n’est pas une catastrophe naturelle, mais un événement politique »
Dans un entretien au journal *Médiapart*, le sociologue américain Eric Klinenberg revient sur la canicule meurtrière de Chicago en 1995, où plus de 700 personnes, majoritairement des Noirs, pauvres et âgés, avaient trouvé la mort. Il y voit « un avant-goût de ce qui nous attend » et analyse ce drame non comme une catastrophe naturelle, mais comme un événement social et politique, fruit d’inégalités et d’un « déni collectif ». Ses travaux, publiés dans son livre « Canicule. Chicago, été 1995 », témoignent de la manière dont les conditions structurelles de la ville ont amplifié la mortalité.
Alors que la France fait face à une canicule historique de précocité et de durée, avec un record de 49 départements placés en vigilance rouge le 22 juin 2026, Klinenberg questionne la capacité de la société française à tirer les leçons de ces catastrophes annoncées. Pour lui, les vagues de chaleur tuent de manière sélective, frappant en priorité les populations les plus vulnérables et exposant les échecs des politiques publiques et la persistance des inégalités. L’anthropologue et journaliste Sébastien Billard, qui a recueilli ses propos, souligne que si l’on oublie souvent cette tragédie américaine, le risque est que l’histoire se répète. Face à des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes, Klinenberg insiste sur l’importance de reconnaître le caractère social de la canicule pour prévenir les futurs désastres et protéger les personnes les plus à risque, plutôt que de considérer celles-ci comme inévitables.
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